Par Christian Lorandin.
1 septembre 2014
Marie avait passé son enfance dans un petit village du Pays de Caux. Aucune cavée autour de sa maison n’avait de secrets pour elle, elle connaissait chaque talus où elle jouait avec Gilles, son inséparable copain, chaque bétoire dans laquelle elle devait lancer des cailloux, autant de clos-masures et de noms de villages aux origines nordiques. Lorsqu’elle y revenait avec Robin, elle lui disait, à mesure qu’ils s’approchaient de la maison en traversant le village, « là, c’était la maison de Madame Turquetil ; là, celle de Monsieur Crochemore » et parfois, imitant l’accent cauchois lorsqu’elle ne se souvenait plus du nom « la ferme de Madame….euhhh » De cette jeunesse à la campagne, elle avait gardé une passion pour le vélo. Elle y allait à l’école avec son petit cartable accroché dans le dos, à la messe le dimanche avec une jupe plissée et de grandes chaussettes blanches. De là peut-être avait-elle gardé son visage d’enfant, frais et un peu rond avec de grands yeux parfois voilés. Comme son frère et sa sœur, elle se rendait chez une nourrice pour les repas du midi et le goûter. Assise dans cette cuisine éclairée au néon, parmi d’autres enfants, elle observe en silence la table, recouverte d’une toile cirée, les verres de pastis et de bière du mari de la nourrice qui boit dès le midi. Elle sent l’odeur de frites et des steaks cuits au beurre dans la poêle, le café dans des verres en pyrex. Et puis il y a le fils de la nourrice, il est au collège, elle a quatre ans.
C.L. op. cit.
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