5 février 2015
Ils avaient pris l’habitude, sans doute pour se ménager et par respect l’un pour l’autre, d’appeler par leurs initiales ce musicien d’orchestre et professeur qui avait troublé Marie, au point où sa meilleure amie lui avait demandait si elle l’avait fait monter, un soir, dans son appartement et cette jeune pianiste qui avait, un temps, intrigué Robin et avec laquelle il entretenait une relation épistolaire assez soutenue, sans jamais l’avoir rencontrée. Ainsi, dans leurs fréquents courriers où ils s’expliquaient, se justifiaient, se rassuraient, et même dans leurs paroles ou leurs SMS, ces ombres à leur couple s’appelaient J.G, N.M. Alors que Robin n’avait jamais rencontré N.M., bien qu’il sache parfaitement de qui il s’agissait et qu'il soit très conscient de la menace réelle qu’il représentait, tout en n’ayant jamais connu la vérité sur cette relation malgré les assurances de Marie, il avait décidé de rencontrer J.G. pour un dîner à Paris, Place des Vosges, avec elle afin de lui prouver qu’il ne s’agissait que d’une amie avec laquelle il correspondait essentiellement sur leurs activités de pianiste avec une certaine complicité intellectuelle et artistique. Il espérait ainsi rassurer Marie définitivement. A la lecture des événements qui se reproduirent de manière presque similaire, Robin comprenait que N.M., qui avait été vite oublié mais qui avait téléphoné à Marie lors du décès de sa maman, ce qu'il l'avait faite rougir, n’était qu’une répétition générale, un premier séisme vers une rupture inéluctable, un schéma de carrière que Marie élaborait et dont était exclu Robin qui n’avait aucun pouvoir au sein d’aucun orchestre. Ainsi, elle obéissait à son père, personnage froid et calculateur, dénué de la moindre empathie qui ne voyait qu’en ses enfants la réalisation d’une carrière artistique qu’il n’avait pu réussir lui-même, faute de talent. Robin commençait à réaliser qu’il s’agissait d’un amour conditionnel, tel qu'elle l'avait reçu de sa famille, dont il avait été la victime consentante et se demandait parfois quelle aurait pu être la vie de Marie si elle n’avait vécu avec lui pendant presque onze ans. Il ne le saurait évidemment jamais, mais il imaginait la prochaine rupture de Marie à des fins professionnelles et d'une certaine manière cela le rassurait.
C.L op.cit.